Sébastien Bourdais   -   Interviews saison 2000

Le point après les deux premières courses   (29 avril, Circuit des 24h)

Comment c'est passé ce début de saison de F3000 ?
          Plutôt bien: première qualif 8e temps, c'était dans les objectifs fixés, donc c'était plutôt sympa. Après, 7e en course, c'est bien jusqu'à la sortie et l'accrochage avec Saelens qui m'a bien mis dehors. Après on est à Silverstone le week-end dernier. C'était presque bien jusqu'à deux tours de la fin de la qualif car c'était des conditions séchantes et malheureusement le temps s'est fait au dernier tour. De P6 je suis passé à P14, cela changeait un petit peu toutes les données de la suite du week-end. Après on sait que dans ces courses de F3000, quand on part 14e, on ne peut pas espérer grand chose et je me suis retrouvé 10e à la fin d'une belle course, mais ce n'était pas suffisant pour espérer rentrer dans les points.

Est ce que ce n'est pas un peu frustrant la façon dont se déroulent les essais, dans le cadre d'un GP de Formule 1, la place qui est accordée à la F3000 dans un tel meeting ?
          Non, ce n'est pas frustant à partir du moment où on le sait avant d'y rentrer. C'est la règle du jeu, on accepte ou on n'y vient pas. Mais c'est vrai que si l'on était un petit peu mieux considéré, on ne s'en porterait pas forcément plus mal. Les règles du jeu sont telles, à nous de composer avec.

Qu'est ce qu'il vous reste à apprendre dans la gestion de la voiture, savoir bien l'utiliser, après seulement deux courses, par rapport à ce que vous saviez faire avec la F3 ?
          C'est une question un peu difficile, le plus difficile étant d'utiliser la voiture et de la connaître parfaitement, ce qui est plus accessible en F3, car comme on a une plus grande lattitude au niveau des essais libres, on peut se permettre de passer plus de temps sur la piste, de bien tout passer en revue au niveau technique, alors que là on ne peut se le permettre. Et malheureusement, il y a des instants où il faudrait vraiment que l'on soit capable de définir quelque chose d'hyper précis par rapport à un comportement de voiture que l'on ne connait malheureusement pas suffisamment bien. C'est vrai que cela pose des problèmes mais c'est pour cela aussi qu'il y a pas mal de pilotes qui passent deux, voire trois ans en F3000 parce que c'est une voiture qui n'est pas forcément très bien née et donc pas forcément facile à régler, il faut s'adapter.

Les essais d'intersaison sont donc très importants pour arriver sur chaque circuit avec une bonne base ?
          Oui, ces essais d'intersaison sont très très importants, on l'a u à Imola où l'on est arrivé avec une base satisfaisante, on était devant et on n'a quasiment plus bougé du week-end. Quand on est pas trop mal avec cette voiture, la plupart du temps, après, une fois que l'on fait une modification cela va rarement dans le bon sens parce que l'on est pas suffisamment précis dans nos analyses sur le comportement de la voiture, donc il faut bien mesurer le pour et le contre, et il ne faut pas se louper, car sinon cela peut être la catastrophe.



Les impressions à la veille des essais préliminaires   (29 avril, Circuit des 24h)

Vos impressions avant la journée de demain sur la Courage ?
          C'est une chose plutôt sympa, car on va commencer à rouler sur le grand circuit qui est quand même assez mythique, avec une auto qui risque de faire des bons temps. Tout ce que j'attends maintenant, c'est de voir le niveau de compétitivité que l'on va afficher demain et pour les 24h, si la fiabilité est là, je pense que l'on pourra faire quelque chose de sympa.

Quelles sont les différences en termes de pilotage et de réglages sur la voiture entre le Bugatti et le circuit de 13 km ?
          Cela n'a rien à voir. Déjà, sur le Bugatti c'est une voiture qui n'est pas du tout adaptée parce qu'elle commence à charger aérodynamiquement à des vitesses que l'on atteint quasiment plus au Bugatti, en tout cas dans aucun virage. Cela n'a rien à voir, on ne peut pas du tout comparer les deux, mais on avait une base plutôt saine sur le Bugatti sans un grand grip mécanique et aérodynamique parce que cela n'allait pas assez vite, donc je pense qu'elle va se retrouver sur une place qui lui sera nettement plus favorable et qui nous permettra de nous exprimer pleinement.

En termes de performances, par rapport aux Audi, aux Panoz, où vous situez vous ?
          A Monza, par rapport aux BMW et aux Cadillac on était exactement dans les mêmes temps, aussi bien sur l'eau que sur le sec, donc je pense que c'est plutôt encourageant. Ce qui est sûr c'est que les Audi sont vraiment loin devant, on en a encore eu la preuve à Monza, à hauteur de trois à quatre secondes à mon avis.



Le point à mi-championnat   (6 juin, Palais des Congrès et de la Culture)

Comment se sont passées vos courses de F3000 depuis les préqualifs ?
          A Barcelone, c'était assez décevant mais c'était un circuit qui ne nous était pas du tout favorable, c'était très rapide, on le savait à l'avance, il y avait eu pas mal de difficultés les années précédentes. Ce n'était donc pas à notre avantage, mais malgré tout je fais une belle course et je finis 8, donc c'était malgré tout intéressant. Au Nurburgring, là cela a été la concrétisation sans vraiment forcément le mériter sur ce coup là, mais on a su rester sur la piste et cela fait 4e. Et la dernière à Monaco, très décevante parce que l'on avait vraiment une auto pour faire la pole. Si je ne me loupe pas dans le dernier tour, je la fais, il n'y a pas de problème. Bon malgré tout c'était une première ligne, tout était permis. Mais tout a été ruiné au bout de 300 m par Saelens, pour la deuxième fois en cinq courses. C'est un petit peu dommage, surtout qu'en conférence de presse, il avait vraiment posé les règles du jeu en disant qu'il ne voulait pas prendre de risques et que, à la limite, celui qui virait en tête au 1er virage ne serait pas agressé par l'autre. Là cela n'a pas été le cas du tout, c'est vraiment décevant.

Comment s'est fait le choix de pneus déterminant au Nurburgring ?
          Il s'est fait un petit peu dans la confusion, avec des infos météo qui nous disaient que cela allait vraiment être très bref comme averse, donc on a ... Après, quand on s'est rendu compte de notre erreur, c'était trop tard, le safety-car était déjà parti et moi j'aurais voulu rentrer, mais j'ai fait confiance à l'équipe, mais malgré tout on fait quand même 3 & 4, donc ce n'était quand même pas une si mauvaise stratégie que cela, mais peut-être que si on avait mis les pluie, on aurait peut-être pu prétendre à des marches de podium un petit peu plus intéressantes, mais bon, il n'y a rien à regretter, j'ai pris mes premiers points à cette épreuve et c'est quand même un bilan très positif.

Vous pilotiez hier en Formule Campus, c'était pour le plaisir ?
          Non, c'était juste pour filer un coup de main à Laurent, car avant de partir les voitures doivent être testées et c'est toujours avec sympathie que je le fais pour Laurent, parce que sinon ils mettent trois heures à tester les chassis alors que si l'on est 5 ou 6 comme hier, cela va beaucoup plus vite.



Les impressions lors du pesage   (11 juin, Place des Jacobins)

Comment se présente la semaine et le cérémonial du pesage, un déroulement que vous avez déjà vécu l'année dernière ?
          Je crois encore plus sollicitant que l'année dernière. En toute logique, cela ne devrait pas aller en s'arrangeant, mais c'est vrai que c'est sympathique aussi de se savoir supporté, de sentir que l'on aime bien le local de l'étape. Donc il faut bien en profiter, cela ne dure pas très très longtemps dans l'année, donc on essaie de savourer cela au maximum, en satisfaisant le maximum de demandes. Mais malheureusement on ne peut pas faire plaisir à tout le monde car il y a trop de choses à faire mais l'on essaie d'être le plus accessible possible parce que c'est vrai que l'on se doit de faire cela peu quand même

Quelle sera la façon dont le travail sera fait durant les essais ?
          Vraisemblablement on essaiera de faire le temps mercredi, puisque normalement on montera le moteur de course dans la journée du jeudi, pour faire un test et normalement très peu rouler le jeudi.

Ce sont deux moteurs neufs, pas celui du développement ?
          Tout à fait, ce sont deux moteur refaits complètement, avec un moteur spécial qualifs, avec "30 chevaux de plus", pour essayer de faire un temps intéressant, mais malgré tout on restera assez en retrait parce que l'on a pas envie de casser la voiture. Cela peut nous permettre de faire un temps plus facilement. Sinon, pour la course, on revient à une configuration normale que l'on connait et que l'on a éprouvé durant 5'000 km + 12 heures au banc. Normalement c'est une version qui ne doit pas poser le moindre problème.

Il y a-t-il des évolutions dans la mise au point, le développement de la voiture, par rapport aux prequalifs ?
          Non. De toute façon la voiture cela fait trois, quatre ans qu'elle reste dans cette configuration là et puis comme c'est une voiture fiable nous n'avons pas intérêt spécialement à rentrer dedans pour les 24h. Le tout c'est d'arriver à un bon équilibre pour la course, qu'elle soit facile et confortable à conduire, après si cela nous permet de ne pas faire de fautes et que la fiabilité est au rendez-vous... tout est permis.

Sinon la déception de la F3000 est digérée ou pas ?
          Oui, dirigée de toute façon, c'est comme cela, on n'a pas le choix. On le prend comme cela et de toute façon il n'y a rien à faire... C'est clair que c'est une grosse déception, car quand on est en première ligne à Monaco, on peut espérer faire au minimum un podium, si l'on ne fait pas d'erreurs. C'est vrai que c'est frustrant, maintenant tout le monde a vu que la performance était là, donc à moi de concrétiser sur les prochaines courses à venir.

Rétrospectivement, sachant le résultat du premier virage, auriez vous fait quelque chose de différent ?
          C'est sûr, si j'avais su je n'aurais peut-être pas cherché à faire un si bon départ, auquel casa je me serais peut-être remis tout de suite derrière, mais malheureusement je ne lui ai pas demandé de louper son départ et de virer avec une longueur de retard à l'amorce du freinage. Moi, personnellement, je n'ai fait aucune erreur. Il a voulu me chercher au freinage... A partir du moment où il se met à droite et qu'il sort de mon champ de vision de mes rétros, je ne peux absolument plus rien faire... Moi, personnellement, je n'ai absolument rien à me reprocher, mais c'est vrai que c'est frustrant, je me dis que si je n'avais pas eu la chance ce bon départ, cela aurait peut-être été différent...



Dernière mise à jour:   3 décembre 2000   -   Propos recueillis par David Legangneux.